Le vrai choc : l’interface devient “parle-moi” Depuis vingt ans, le SaaS vend surtout des écrans, des menus et des workflows… et facture des “sièges” pour y accéder. Le basculement actuel, c’est qu’on n’achète plus seulement un outil pour cliquer dedans : on délègue une intention (“analyse ça”, “réponds à ce client”, “prépare ce dossier”) à un assistant qui orchestre le reste.
C’est exactement la promesse des assistants orientés travail : un point d’entrée unique qui comprend le contexte, et qui peut enchaîner des actions à travers plusieurs services. Dans l’entreprise, ça devient explosif quand l’IA est directement connectée aux documents, dépôts de code, messageries, tickets et bases de connaissances — autrement dit, quand elle s’installe au cœur des usages quotidiens.
Pourquoi les éditeurs SaaS ont une sueur froide Si l’assistant sait lire, écrire et agir dans tous les outils, la valeur se déplace : on se met à payer pour “le copilote” qui pilote tout, et les applications derrière risquent d’être perçues comme de simples back-offices. AWS décrit d’ailleurs “Claude for Enterprise” comme une solution SaaS “prête à l’emploi” (distincte de l’accès API via Bedrock) pensée pour rendre l’IA accessible à tous les employés, pas seulement aux développeurs.
Le nerf de la guerre, ce sont les intégrations : Claude for Enterprise met en avant des intégrations natives (ex. GitHub, Google Workspace) et surtout des connexions extensibles via le Model Context Protocol (MCP), avec des intégrations préconstruites (ex. Jira/Confluence, Zapier, Linear, Asana) et la possibilité d’en créer de nouvelles. Ajoute à ça de gros volumes de contexte (AWS mentionne une fenêtre de 200K tokens) et tu obtiens un assistant capable de “tenir” un dossier complet sans perdre le fil, ce qui change la productivité… et la dépendance.
Jensen Huang : “l’IA ne remplace pas les outils, elle les utilise” Face à l’idée que l’IA pourrait “remplacer” des pans entiers de logiciels (et même d’emplois), Jensen Huang a pris publiquement une position de contre-feu : il conteste la vision d’une hécatombe et insiste sur le fait que l’IA va transformer les métiers plus qu’elle ne les rayer. Il a notamment déclaré qu’il “désapprouve à peu près tout” de la lecture d’Anthropic sur l’ampleur du choc emploi, après des propos attribués à Dario Amodei sur une possible destruction massive de postes juniors.
Son angle est aussi politique et industriel : pour “faire les choses de façon sûre et responsable”, il défend une approche ouverte et examinable, plutôt que des développements enfermés. Dit autrement : l’IA devient une couche au-dessus des outils, pas un trou noir qui les fait disparaître du jour au lendemain.
Le facteur confiance : pas de pub dans la conversation Un point souvent sous-estimé dans cette bataille, c’est le modèle économique. Anthropic affirme explicitement que Claude restera sans publicité, au motif qu’une conversation d’IA n’est pas un emplacement publicitaire et que des incitations publicitaires pourraient biaiser l’aide apportée à l’utilisateur.
Ils expliquent aussi que les échanges avec un assistant sont plus ouverts et parfois sensibles, et que l’objectif est de préserver un “espace clair pour penser et travailler”, sans “sponsored links” ni placements que l’utilisateur n’a pas demandés. En creux, ça renforce une stratégie : vendre des abonnements et des contrats entreprise plutôt que monétiser l’attention.
À quoi ressemble la riposte “anti-disruption” pour un SaaS Si tu es éditeur SaaS (ou si tu construis un produit B2B), le bon réflexe n’est pas de “rajouter un chatbot” partout : c’est de devenir le meilleur système d’enregistrement (system of record) et le meilleur moteur d’actions (APIs, permissions, audit, qualité de données) derrière les agents.
Concrètement :
Transformer les fonctionnalités en “actions” robustes (API, webhooks, idempotence, gestion d’erreurs) que des assistants peuvent appeler proprement.
Verrouiller la confiance : traçabilité, contrôles d’accès, politiques de données, et preuves (logs/audits) — parce qu’un agent qui agit sans garde-fous, c’est un risque.
Repenser la tarification : si l’usage passe par un agent, “le siège” n’est plus la seule unité pertinente (on voit émerger des logiques par volume, par workflow, par valeur).
